Mon rapport au son en quelques lignes..
« Sans cesse nous sommes immergés dans l’écoute du continuum de la vie, car il est impossible de se fermer les oreilles, tout au plus de se les boucher. On devrait donc se figurer l’écoute comme un bain, une température, une enveloppe qui relie, à la distance la plus rapprochée qui soit, l’extérieur (l’environnement, ou, si l’on veut, l’espace) et l’intérieur de notre corps. Dans le continuum vital, il y a du mouvement ; on dirait mieux est le mouvement : une kinésie essentielle, sans laquelle il n’y aurait tout simplement pas de vie, pas de sentiment de la vie. »
Vincent Barras, préface pour le livre
‘Corps, son et geste’ de Jacques Demierre
Même si la présence du son et du bruit nous entoure chaque instant dans chaque coin de l’espace, et même si on a l’impression que le silence devient quelque chose de plus en plus rare et inexistant parfois, c’est lui qui rend le bruitage perceptible. Le silence agit continûment dans son ampleur et contient la mélodie de l’arrière-plan dans lequel se croisent des choses concrètes, abstraites, similaires et contraires, lesquelles entremêlent la palette des diverses couleurs et tissent de sublimes nuances, parfois inaccessibles.
Mouvement et volonté remplissent le silence et font apparaitre divers sons et bruits dans le contenu de la mélodie de fond. Amenés d’une façon aléatoire et atypique, quand d’autres produisent des rythmes solitaires et maîtrisés, ils amènent la même cadence et participent ainsi au tissage de l’éternelle mélodie de l’infini.
Par ailleurs, si on porte notre attention sur le dessin qu’une composition / production très séquencée et rythmique, on se rend compte qu’au fur et à mesure une fluidité et temporalité linéaire se créent, parfois portées par le nom de la monotonie ou autrement dit la mécanique d’un fluide.
Comme le mouvement d’une horloge tournant et marquant chaque seconde, puis minute, puis heure, détermine le rythme d’un temps coulant comme le chemin qu’effectue l’eau dans une rivière ou un crayon qui caresse la feuille sans la quitter.
Leur existence se produit seulement par le lancement d’un geste et d’un mouvement intentionnel. C’est là que se cache la beauté de la pensée d’un geste, d’un corps qui pense, qui traduit mot et intention, et qui tend vers sa réalisation. Certes, il y a des accidents causés par de gestes non intentionnels, ni accompagnés par le pré-geste de la pensée. Dans les deux cas le son peut être considéré comme la conséquence ou l’impact d’une action amenée par le corps qui ensuite voyage jusqu’à nos oreilles.
L’idée du métronome joue un rôle principal dans mon processus de création : son rythme répétitif, mécanique et monotone place le corps dans un cadre très fermé. Il détient une forme de contrôle sur le.a performeur.euse. Ainsi, c’est le.a performeur.euse qui fait exister le son par ses mouvement répétitifs. Ce son parfois peut être muet, mais intelligible, quand d’autres sont accentués par les costumes (corps sonores).
Ce qui m’intéresse dans le rapport son – mouvement (et vice versa), est l’accumulation, la superposition. Les deux peuvent exister seuls, mais leur coexistence déconstruit leur autonomie. Le rapport entre un.e musicien.ne ou un.e DJ avec sa machine est assez présent comme image dans ce travail. Le.a musicien.ne envoie du son par la machine mais pour que la machine puisse fonctionner, elle a besoin d’elle.lui (corps – machine). Qui manipule qui finalement ?
De plus, ce que je trouve intéressant, c’est de voir aussi à quel point un bruit, un son, une musique peut avoir une influence sur nous et enfin produire un effet positif ou négatif en l’entendant.
Certaines musiques nous provoquent des sensations, qui génèrent des sentiments, qui nous font voyager dans le temps, qui servent le capitalisme en nous motivant de consommer et en créant de faux besoins, etc. D’autres sont des musiques qui nous font produire des mouvements communs pour marquer le rythme de ce qu’on est en train d’écouter / entendre, avec la tête, les pieds ou encore avec l’engagement du corps dans son entièreté pour danser aux pas de danses traditionnelles, populaires et actuelles en activant de cette manière les archives qui sont stockées dans la mémoire mentale mais aussi corporelle.
Avec ces derniers, une possibilité de l’expérience de l’ordre du commun s’offre á nous, en partant de l’intime et qui peut, par la suite, avoir une approche sociale.
D’une manière générale je ne cherche pas à utiliser une musique, mais plutôt à mettre en valeur la répétition qui amène le rythme, qui amène la durée, qui amène l’hypnose, qui amène la transe, qui amène le trip, qui amène le piège, qui amène l’épuisement qui finalement fait changer le rythme.
Je cherche à faire émerger une poétique, entendue comme évocation, qui nous fasse visiter des espaces contrastés sur une ligne temporelle qui s’étire, se prolonge et nous offre une expérience flottante et circulaire.
