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L’acte de tricoter comme processus créatif
Assemblé et combiné par des cycles de gestes répétitifs, l’acte du tricot permet de suivre tous les micro - changements et étapes d’un processus de création. Lorsque ce cycle reste le même, le produit change, et il nous permet de suivre le reflet et la réaction produites par l’action répétée. On voit les choses se faire, se construire et grandir. Prendre forme, changer de poids et de taille. On perçoit le moment où le cycle du mouvement répétitif diffère, par faute ou par choix, et la conséquence de ceci.
Ce processus graduel et progressif, qui nécessite du temps mais qui pourtant n’est pas forcément lent, accompagné par des rythmes marqués, géométriques, à la fois abstraits ou harmoniques, évoque une composition musicale. La simplicité du processus de l’ensablement clair des gestes répétitifs amène avec leur bagage une temporalité rituelle, une patience mécanique et un résultat troublant la perception par la métamorphose du fil chorégraphié dans son espace périphérique. Il module et rythme l’espace qui l’entoure.
Le fil pourtant peut être considéré en tant que « fil en devenir », mais aussi comme le devenir qui reprend sa forme initiale en se promenant et jouant entre le faire et défaire, les allers et retours, le forward et backward, l’accélération et la décélération; en offrant ainsi la possibilité de recréer des nouvelles formes et surfaces imprévisibles.
J'ai remarqué qu'en voyant la progression d'une image on pouvait aussi calculer le temps nécessaire au produit créé. Lorsque le fil a la même série de mouvements et parcours, le temps nécessaire pour l’action de faire diffère de celle de défaire. Cela se produit parce que le mouvement de la personne qui enroule pour créer n'est pas semblable à celui de celle qui voudrait défaire.
De plus, la forme du fil après l’action de faire ou de défaire n’est pas la même non plus. Quand c’était une boule / pelote, le fil était plus raide et lisse car il était enroulé d’une certaine manière, alors qu’après le déroulement d’un produit déjà tricoté on distingue que le fil a pris de formes bouclées grâce ou à cause de la façon dont il a été enroulé. Cela nous permet à ce stade d’identifier l’impact de la durée d’une action répétitive.
J'ai aussi questionné ma perception par rapport à ce que pouvait être le matériau utilisé (un fil), en partant de la taille, de l'épaisseur et de la texture d'un fil ainsi que du matériau dont il est fait. J’ai fini par envisager de nouveaux matériaux comme le fil de fer / cuivre, scooby-doo, corde, ficelle, ruban ou même les cheveux humains.
Certains de ces articles/matériels semblent avoir une utilisation et une valeur spécifique, tandis que d'autres n'en ont pas. J'ai finalement abouti à la question suivante : comment un produit créé à partir de matériaux personnels par le biais de mouvements répétitifs pourrait-il avoir un usage différent de celui du matériau d'origine (par exemple des cheveux humains) et donc créer de nouvelles références tout en étant une image ou un symbole fort?



Les créations faites á la main servent dans mes projets artistiques comme costumes mais vont aussi au-delà du vêtement; elles sont utilisées comme outils scénographiques intégrant et modifiant l’espace. Ainsi, elles nourrissent la réflexion d’une manière spontanée grâce à la possibilité de visualisation qu’elles m’offrent. Les axes s’entremêlent et la rythmique de la fabrication enrichit et change la manière de réfléchir le son.
Cela m’a conduit à envisager la juxtaposition et la co-existence de la répétition dans un même produit, qui dans ce cas spécifique prend la forme du costume. L’addition de diverses textures sonores (perles) composées par différents matériaux (plastique, céramique, verre, bois, métal etc.) transforment le costume en un corps sonore et instrumental, qui ensuite, se confronte aux rythmes marqués de la danse.
Les accessoires métamorphosent l’espace et le prennent en considération dans ses trois dimensions. Ces objets fabriqués sur le principe de la répétition, tricotés, enfilés, macramés et feutrés, construisent un espace domestique et familier. Ces accessoires sont des tapis feutrés ou tricotés qui cachent des textures sonores au-dessus, des rideaux composés de perles enfilées et de boutons, ou encore des formes indéfinissables qui abritent un système sonore derrière elles.
Tous ces outils scénographiques s’activent par un mouvement de passage qui leur fait produire du son, crée un jeu spatial, et rend possible une composition acoustique et acousmatique en direct. Enfin ils magnifient le propos et appuient les codes et l’esthétique de mes propositions artistiques.










